Longtemps vécue et pratiquée comme une action réglementaire pour de grands projets, ces dernières décennies ont placé la concertation comme un jalon de l’élaboration des projets mais surtout de légitimité pour leur mise en œuvre. Elle irrigue désormais la quasi-totalité des secteurs impliqués dans le développement des territoires, stratégiques comme techniques, en y favorisant le recours à l’intelligence collective. Elle devient l’outil indispensable d’une action publique partagée et légitime.

Nous vivons aujourd’hui un paradoxe incontestable…

D’un côté, nous avons assisté à une démultiplication des démarches de concertation, au cours des dernières années, qui a fait redouter aux professionnels du secteur une perte de mobilisation et de sens pour les acteurs. D’un autre côté, la concertation est placée sur le devant de la scène médiatique, témoignant d’une attente croissante des citoyens d’implication dans tous les champs de politique publique.

En effet, si l’on pouvait craindre un phénomène d’essoufflement, l’actualité récente alimente ce paradoxe en démontrant l’injonction du citoyen à être au cœur de la décision publique. La démocratie participative en est et en sera plus encore une source de légitimité, reposant sur la délibération collective d’acteurs libres et éclairés. Elle est une demande forte des citoyens qui n’entendent plus laisser politiques et entreprises décider à leur place. Ils souhaitent s’exprimer et être entendus pour éclairer l’action de leurs préoccupations et attentes.

 

…dans un contexte social qui mute,

Ce changement de paradigme, imposé par les évolutions de la société, n’a pas encore été intégré par tous les décideurs. Porteuse en termes d’image pour ses initiateurs, la concertation est encore caricaturée par beaucoup comme un artifice ou un « passage obligé ». Or, la participation de l’ensemble des acteurs devient une composante de démarche. Cette évolution demande une remise à plat globale des processus de concertation, et un changement de posture du porteur comme des parties prenantes. Mais la recherche d’une  » recette miracle  » ne doit pas se cantonner à un peu plus de la même chose, ce qui aurait un simple effet placébo.

C’est une offre de concertation abondante et protéiforme qui investit désormais tous les champs de la société et de l’entreprise. Nous avons aujourd’hui une formidable opportunité pour requestionner nos pratiques et replacer la concertation dans ses grands fondamentaux : donner du sens, garantir la transparence, ancrer la confiance, être au rendez-vous de l’engagement et favoriser l’implication du plus grand nombre. Ces valeurs permettront de conduire les démarches de concertation indispensables au développement de nos territoires dans un contexte de mutations importantes en replaçant le citoyen au cœur de l’action. Elles apporteront des gages à une mobilisation large et concernante : plus de sens donné au projet et partagé avec les parties prenantes, plus de part donnée à l’implication, à la confiance mutuelle et à la co-construction.

Les champs de la Culture et du Tourisme relèvent naturellement de ces approches et aujourd’hui les stratégies de développement visent autant le « faire avec » que simplement le « faire pour »… En effet, il y a encore quelques années, les initiateurs de projet questionnaient la méthode de la simple appropriation par les populations résidentes. Aujourd’hui l’information transparente et la co production deviennent la règle dans une complexité requérant technicité des méthodes au service de qualités humaines d’écoute sincère, d’empathie et de partage de volonté de progrès.

Le Tourisme est un bon exemple de cette évolution… qui songerait aujourd’hui à ne pas associer les acteurs locaux et résidents dans des opérations d’aménagement ou d’équipement sans prendre le risque de la contre production vis-à-vis des objectifs ? qui peut se passer de l’adhésion de sa population au développement touristique sinon en risquer son rejet ?

Chaque décideur ou animateur de démarche doit être convaincu que la réussite de ce secteur, fondamental en termes d’attractivité, d’économie et d’aménagement des territoires, ne peut désormais se concevoir que dans l’implication et la coopération avec les acteurs locaux et les habitants ; par exemple au niveau régional, la Nouvelle-Aquitaine ou la Réunion qui ont voulu placer la concertation et la co-construction au cœur de leur démarche de développement et de définition d’une stratégie de développement touristique, ou à un niveau local la commune de Domfront  en Poiraie (dans l’Orne) qui associe les citoyens dans sa dynamique de développement touristique sur la thématique médiévale. 

… et qui requestionne les pratiques de construction de politiques publiques

L’expression des acteurs du territoire est partout, tout le temps. Il faut aujourd’hui investir tous les champs de contribution possibles et les mettre au service des projets. Internet et les réseaux sociaux s’emparent des sujets, bouleversant les codes et les échelles de participation. C’est toute une communauté d’acteurs qui s’en empare, s’inscrit en permanence au cœur des projets et traduit de nouvelles aspirations démocratiques sur nos territoires. C’est une nouvelle forme de partage et d’exercice du pouvoir qui est attendue, fondée sur le renforcement de la place des citoyens dans la prise de décision politique.  

Ces mutations requestionnent la concertation dans ces espaces et ses techniques. Au cours des dernières années, se sont développés jurys citoyens dans le cadre de projets d’aménagement, budgets participatifs dont la ville de Paris fait figure de pilote ou encore assemblées plénières telles que le Parlement de la Mer et de la Montagne en région Occitanie. 

Dans le même temps, les techniques de co-construction rivalisent d’innovation pour favoriser l’intelligence collective. Il ne s’agit plus seulement de modération mais bien d’animation. Plus créative et ludique, elle permet de développer une approche expérientielle de la participation : culturelle par l’association d’artistes, impliquante par un jeu de rôle ou encore immersive par un serious game. Le citoyen est un acteur. Il ne vient plus donner un avis, il participe pour co-construire dans un contexte toujours plus collaboratif, il est « consom’acteur » !

Ainsi, et pour tous les secteurs de l’action publique, la concertation n’est plus une formalité en réponse à un cadre normatif mais elle est un fil rouge pour bâtir un projet partagé. Elle se  fonde sur une information préalable et continue indispensable à l’appropriation des enjeux et à l’adhésion de tous. puis à la mobilisation de l’intelligence collective et du potentiel d’action des usagers. L’heure est à la démocratie réellement participative, mobilisatrice et reconnue comme telle par les citoyens.

« Tout ce que tu fais pour moi, sans moi, tu le fais contre moi. » Gandhi

Dominique Lecea

Dominique Lecea

Directeur associé Tourisme & Culture - In Extenso TCH

Dominique Lecea est directeur associé des activités de conseil en Tourisme et Culture au sein d’In Extenso TCH. Il intervient sur les missions de définition de stratégies de développement dans les domaines du tourisme, des loisirs et des territoires et sur des missions de faisabilité de projets. Il est également spécialisé des questions d’organisation et de gestion et maîtrise parfaitement les circuits aval de la filière tourisme relatifs à la mise en communication et mise en marché de sites et produits touristiques, ainsi que leur exploitation.

Diane Beaucard

Diane Beaucard